Victor Hugo - Dessins visionnaires
For the english speaking people, this exposition is in Lausanne at the Fondation de l'Hermitage so if you happen to come over here and have two or three free hours, I recommend you go take a look. This article from artdaily.org is enough of an introduction if you want some details beforehand. It's actually a direct translation of the same article in French, without the practical information, on fondation-hermitage.ch.
Sans transition, place au Français.
L'exposition
Elle durera jusqu'au 18 mai 2008 à Lausanne à la Fondation de l'Hermitage. On y découvre Victor Hugo sous des aspects très variès, tantôt par ses dessins, tantôt par des photographies qui lui donnent une dimension plus proche de nous. Il y a aussi toute une partie dédiée à la perception d'autres artistes sur Hugo par le biais de caricatures. Ce sont dans les sous-sols que la vie au quotidien d'Hugo est exposée : des photos de famille, des intérieurs de sa Hauteville House qu'il a modifié et de ses obsèques immenses sous l'Arc de Triomphe, des lettres ouvertes dans une écriture parfois illisible, de vieux appareils photos et autres.
Le combat
Victor Hugo a milité pour les droits de l'Homme à une époque où cela semblait être inapplicable en France. Lors du coup d'Etat de Napoléon Bonaparte en 1851, il a essayé de soulever le peuple de Paris sans réussite et a dû s'exiler, proscrit par l'Empire, d'abord en Belgique puis dans les îles anglo-normandes de Jersey puis Guernesey. Il n'est revenu en France qu'en 1870, après dix-neuf ans d'exil, lors de l'instauration de la République. C'est pourtant dans cette période qu'une nouvelle phase de ses oeuvres s'est ouverte, plus forte et prolifique en dessins, recueils poétiques et romans (Les Travailleurs de la mer, Les Misérables, L'Homme qui rit, ...). Il avait compris le pouvoir de l'image et a utilisé ses aptitudes au dessin, tout comme son Verbe, afin de servir ses idéaux politiques et sociaux, ce qui lui a été reproché par certains artistes qui ne voulaient pas mélanger art et politique. Hugo a été caricaturé dans nombre de journaux de l'époque en France.

Caricature de Victor Hugo par Alfred Le Petit, Le Pétard n°40, 1878
Lors du jugement d'un criminel, les gens pouvaient intervenir en tant qu'orateurs et c'est ce que fit Hugo pour défendre un condamné à mort suite à une tentative de meurtre. Il a demandé l'emprisonnement à perpétuité de l'homme jugé plutôt qu'une exécution barbare. Il n'a été soutenu que par deux voix dans l'assemblée. La caricature ci-dessus ironise l'utopisme naïf d'Hugo quant à l'éradication du crime. Les ailes d'anges et la couronne affublées au prisonnier enchainé sont la finalité du justicier, absurde dans ses habits de victoire rouges. Je me suis demandé si le prisonnier aurait eu un meilleur sort dans un emprisonnement à vie qui est peut-être pire que la mort elle-même. Une interdiction de vivre et de mourir, de quoi rendre fou...
L'homme-océan
On connait plus les oeuvres littéraires ou la vie mouvementée de Victor Hugo que ses dessins. Victor Hugo n'a pas fait d'école d'art ou de dessin et c'est en autodidacte qu'il a dessiné, en majorité à la plume et lavis d'encre brune, expérimentant à son gré les projections d'encre sur papier. Victor Hugo considèrait que le dessin est un prolongement de l'écriture.

Victor Hugo, « Ma Destinée », 1867, plume et lavis d’encre brune, gouache sur papier vélin, 17,4 x 25,9 cm.
Dans cette marine, on peut distinguer un bateau porté par une gigantesque vague. Hugo disait aux marins de la Manche :
"en proie aux événements comme vous aux vents, je constate leur démence apparente et leur logique profonde ; je sens que la tempête est une volonté, et que ma conscience en est une autre, et qu'au fond elles sont d'accord ; et je persiste, et je résiste, [...] et je fais mon devoir, pas plus ému de la haine que vous de l'écume."
Une vaste gamme de ruines ont été dessinées par Hugo, un de ses sujets de prédilection.

Victor Hugo, "La Tourgue en 1835", 1876
Les Travailleurs de la mer
Après la sortie de ce livre, Hugo a édité une série de trente-six dessins s'y rapportant. Ce ne sont pas des illustrations du livre mais des travaux parallèles qui ont été un outil de travail, une inspiration pour l'écriture. Hugo ne voulait pas qu'on s'intéresse trop à ses dessins car il redoutait la concurrence que ceux-ci feraient à ses écrits.
De 1830 à 1835, Hugo a dessiné beaucoup de caricatures, pour le plus grand plaisir de ses enfants, et des visiteurs de l'exposition ! Il a ensuite délaissé ceci et n'a repris la caricature qu'en 1864
La nuit, quand il tonne, si l'on voit des hommes voler dans le rouge des nuées et dans le tremblement de l'air, ce sont les sarregousets. Une femme, qui demeure au Grand-Mielles, les connaît. Un soir qu'il y avait des sarregousets dans un carrefour, cette femme cria à un charretier qui ne savait quelle route prendre : "Demandez-leur votre chemin ; c'est des gens bien faisants, c'est des gens bien civils à deviser au monde". Il y a gros à parier que cette femme est une sorcière.

Victor Hugo, Les Travailleurs de la mer : « Figure que font les paysans quand ils voient les sarregousets », plume, pinceau et lavis d’encre brune
Certaines créatures, plus ou moins fantastiques font parfois irruption dans les dessins d'Hugo. La pieuvre, sujet d'épouvante pour Hugo est décrite dans un passage (la fin m'a fait rire !) à son nom :
Une forme grisâtre oscille dans l'eau ; c'est gros comme le bras et long d'une demi-aune environ ; c'est un chiffon ; cette forme ressemble à un parapluie fermé qui n'aurait pas de manche. Cette loque avance vers vous peu à peu. Soudain, elle s'ouvre, huit rayons s'écartent brusquement autour d'une face qui a deux yeux ; ces rayons vivent ; il y a du flamboiement dans leur ondoiement ; c'est une sorte de roue ; déployée, elle a quatre ou cinq pieds de diamètre. Épanouissement effroyable. Cela se jette sur vous.
L'hydre harponne l'homme.
Cette bête s'applique sur sa proie, la recouvre, et la noue de ses longues bandes. En dessous elle est jaunâtre, en dessus elle est terreuse ; rien ne saurait rendre cette inexplicable nuance poussière ; on dirait une bête faite de cendre qui habite l'eau. Elle est arachnéide par la forme et caméléon par la coloration. Irritée, elle devient violette. Chose épouvantable, c'est mou.
Ses nœuds garrottent ; son contact paralyse.
Elle a un aspect de scorbut et de gangrène ; c'est de la maladie arrangée en monstruosité.

Victor Hugo, Les Travailleurs de la mer : « La pieuvre », plume et lavis d’encre brune
En savoir plus
Cette courte émission de la TSR parle un peu de la vie de Victor Hugo et de l'exposition à la Fondation de l'Hermitage.
Les dessins d'Hugo figurant dans cet article proviennent du site de la bibliothèque nationale de France mais il y manque la quasi-totalité de ce qu'on trouve exposé à Lausanne, où se trouvent plus belles oeuvres en ce moment. Le site de la bibliothèque est néanmoins très intéressant, vous pourrez y découvrir d'autres dessins de Victor Hugo et des explications détaillées de sa vie.
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- Published:
- 03.27.08 / 5pm
- Category:
- Paintings
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