Ma’at, première partie

Lorsque j'ai vu la couverture, elle m'a attiré d'emblée. En deux mots, originalité et expérience. Voici Ma'at de Simon G. Phelipot.

L'introduction est une baffe. Normal me direz-vous, le visuel ici est léché comme il se doit. Je n'avais encore jamais vu une série de peintures, en parties abstraites, dans une bd de la sorte. Et le résultat est énorme. Mais tampérons un peu.

Ma'at - couverture

Ma'at, première partie, couverture (sans titre ici) provenant du blog de Simon

Scénario

Les Japonais ont une longueur d'avance en matière de style post-apocalyptique et peuvent parler d'expérience vécue. Les stigmates sont encore visible actuellement, largement projetés dans divers mangas. Voici la recette : prenez les bombes atomiques et le choc psychologique qu'elles ont causé. Ajoutez à cela une montée en puissance des technologie et une fascination pour la robotique futuriste. Il est question ici des robots d'apparence humaine, ceux qui inspirent tant d'artistes, philosophes, physiciens et j'en passe. Faites revenir le tout et ajoutez le déclin que cela engendrera peut-être : conflits hommes-robots, reconnaissance du Moi des robots, utopie, désillusion et décadence humaine. Faites bouillir et mélangez le tout avec l'ouverture forcée des pays à la fin de la Guerre Froide, lancant une ère de design graphique sans précédant. Vous obtenez le manga post-apocalyptique japonais dont "Blame!" incarne la quintescence.

Simon s'est visiblement inspiré de ce genre de scénario. De par la situation politique et économique, Ma'at ressemble à un futur plus ou moins proche, celui de 2093 selon la bd.

La seconde inspiration vient de la problématique de Ma'at : l'expérimentation scientifique sur sujets humains. Je pourrai encore digresser longuement sur le sujet mais je m'abstiendrai. Les expérimentations "scientifiques" sur des êtres humains vivants (contre leur gré dois-je le préciser ?) n'appartiennent pas qu'au passé et sont toujours d'actualité.

Beaucoup d'oeuvres se basent sur ce concept pour justifier les capacités surhumaines du ou des héros. Interviennent alors les scientifiques obnubilés par leurs recherches, les politiciens vicieux et prêts à tout pour écraser ce qui ne leur plait pas, les militaires instrumentalisés et obéissants et forcément, face à tout ce mauvais monde, la poignée d'amis du héros. Si tout cela relève du cliché (et malheureusement souvent vérifié), c'est la manière de mélanger tout cela qui est déterminante. Dans Ma'at elle est correcte, sans plus.

Peinture digitale

Simon joue bien des couleurs dans ses illustrations et la mise en page créative met en valeur le tout. On se laisse surprendre par chaque page tournée.

Les décors ne sont pas au niveau architectural des Cités Obscures ou de Blame, mais de bonne facture en général. Si Ma'at a des inspirations partiellement asiatiques pour le scénario, le design graphique lui est bel et bien européen et en couleur, ce qui le différencie largement des mangas en noir et blanc.

Les personnages de Ma'at sont souvent (toujours ?) inexpressifs, bouche close, et j'ajouterais : dans un stéréotype d'attitude cool qui manque de naturel. C'est d'ailleurs le pilier principal des mauvaises bds et mangas, qui sont malheureusement légions (ô surprise). Mais ce n'est pas si grave ici et s'explique en partie par l'incapacité de parler d'Isis. Je pense cependant que les personnages secondaires manquent de profondeur, emprisonnés dans leurs traits placidement funèbres (Flaubert), trop raides.

Il y a deux autres détails que j'ai relevé. Premièrement, certaines images sont de temps à autres trop floues, problème inhérent aux images digitales. Deuxièmement, il y a des différences notables entre les visages de face, de profil et en 3/4 d'Isis. En somme, Isis n'est parfois plus Isis. Avec l'expérience, cela changera sans doute dans les prochains tomes.

Conclusion

J'ai mis beaucoup de temps à lire cette bd car je savourait chaque page. Il est d'ailleurs difficile de faire autrement. Le lecteur est placé dans une contemplation froide, celle d'Isis en grande partie. Paraxodalement, c'est dans cet état que contrastent beaucoup les émotions et la puissance qui se dégagent du récit, des images. Les petits chagrins cités ci-dessus n'enlèvent pas grand chose à cette oeuvre et j'attends avec (im)patience la suite !

Ma'at représente peut-être un avenir de la bd, débordant des frontières classiques. Et c'est tant mieux. Si vous êtes en quête de nouveauté, n'hésitez plus.

Le blog de Simon et les galeries sur son site Resonance Art vous donneront un aperçu suffisant de son style.


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